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Lisbon investment summit by thecamp
Future of Work Société Éducation

Carnets de voyage, Lisbonne – Réinventer l'éducation

Au début du mois, notre envoyé international André Zollinger s'est rendu au Lisbon Investment Summit, organisé par Beta-i, pour participer à un panel d’experts sur la réinvention de l'éducation. Sa conclusion ? « En décentralisant l'éducation, nous devons nous assurer qu'elle ne devienne pas simplement une usine de plus pour remplir les commandes du marché. » Lisez son récit !

 


 

« Le système ne fonctionne plus »

À mon arrivée au Portugal en début de mois pour assister au Lisbon Investment Summit organisé par Beta-i, j’ai l’impression d’habiter deux mondes parallèles simultanément. En quittant l’aéroport, je me dirige vers Zé da Mouraria et m’engouffre dans l’une des nombreuses tascas familiales du vieux Lisbonne proposant une cuisine familiale, pour me retrouver au milieu d’un groupe d’investisseurs de haut vol, leaders d’opinion et bâtisseurs d’écosystèmes qui forgent le monde de demain. 

Entre deux bouchées de calamar grillé, je discute avec le directeur d’une importante bourse d’échanges qui, en plus de me vanter les mérites d’un régime végétarien, m’énumère avec fierté les nombreuses avancées qu’a connues l’économie portugaise ces dernières années : la réforme du logement intervenue au centre de Lisbonne, la croissance du secteur de l’innovation et les événements tels que le Web Summit – en plus du défi de les rendre durables sur le long-terme. Vu ma présence en tant que représentant d’un campus d’innovation, et le fait que nous sommes en compagnie du recteur d’une grande université, nous commençons à parler d’éducation.

L’une des platitudes souvent répétées aujourd’hui consiste à dire que « le système ne fonctionne plus », que ce soit au Portugal, en France, au Brésil ou aux États-Unis. Les technologies de l’information ont radicalement modifié le chemin d’accès à l’information et la relation entre celui qui transmet et celui qui reçoit – jusqu’alors une hiérarchie statique impliquant le professeur et l’étudiant. Par conséquent, l’architecture même de l’éducation doit être réinventée, symboliquement et sur le terrain. Les diplômes ne disparaîtront peut-être pas, mais les connaissances et la mise en valeurs des talents gagneront du terrain. Le classement ne sera plus le précepte dominant de la politique en matière d’éducation (je suis impatient que cela se réalise !). Les espaces doivent être plus modulaires et plus holistiques.

 

Écoles ou usines ? 

Mais ce qui m’a frappé, c’est que nous (espaces d’innovation tech) parlons souvent de l’éducation comme d’une transaction entre employeur et demandeur d’emploi. Au cours de nombreuses conférences, nous entendons parler de la primauté des compétences et, surtout, de la suprématie du « talent ». Sauf que si vous lisez entre les lignes, on entend par cela le « talent d’ingénieur » ou le « STEM* ». En fin de compte, l’offre éducative doit s’adapter, de plus en plus rapidement et de manière plus flexible, à la demande actuelle de nouvelles compétences.

Intervenant à mes côtés le lendemain lors du panel « Réinventons l’éducation », Maurizio de H-Farm l’a exprimé plus directement, et je le reformule ici : « L’éducation centralisée a été structurée comme une usine afin de rendre les gens moins intelligents et moins capables de prendre des décisions par eux-mêmes ». Je suis entièrement d’accord ; mais en décentralisant l'éducation, nous devons nous assurer qu'elle ne devienne pas simplement une usine de plus pour remplir les commandes du marché, d’autant que celui-ci évolue très rapidement. La capacité de réflexion critique, d’émotion et d’expression artistique restent, sans doute, ce qui nous différencie des machines les plus intelligentes. 

 


*« Science, technology, engineering & mathematic » (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques)

 

Autonomiser les individus

En créant de nouveaux espaces de formation et expériences inspirantes, comme nous le faisons à thecamp et ailleurs – H-Farm Beta-i… – nous devons nous assurer que la technologie est un moyen et non une fin en soi. C’est pour cette raison que, lors du lancement cet été des Bivy Camps pour les jeunes, notre objectif à thecamp sera de former des éco-citoyens. Comment ? En apprenant aux participants à prototyper dans un FabLab avec des matériaux à faible impact, en travaillant la terre en permaculture, avec la découverte du codage et la collaboration entre écoles de milieux socio-économiques différents. Avec on espère comme résultat final un individu autonome qui comprend comment et pourquoi il ou elle utilise ces outils et méthodes.

Cette idée rejoint la conclusion d’un rapport sur les startups pédagogiques les plus innovantes du monde rédigé par Svenia Busson, chercheuse edtech, investisseuse et collaboratrice régulière aux programmes thecamp, notamment dans le cadre du Pass. Ce changement de paradigme technologique impose aux enseignants un changement de posture, de transmetteur d’informations à mémoriser à celle de transmetteur de compétences pour entreprendre des projets. Créativité, résolution des problèmes, pensée critique, collaboration et communication. Ce qui contraste avec les systèmes éducatifs dans des pays tels que la Corée du Sud où, bien que produisant des scores PISA exceptionnels, on se focalise sur l’excellence aux contrôles, ne laissant quasiment aucune place aux idées innovantes en relation avec le développement personnel.

Que ce soit capital-risqueurs, élus, syndicalistes, dirigeants ou jeunes créatifs, tout le monde est d’accord pour dire que nous avons besoin de davantage d’initiatives pédagogiques expérimentales à l’image de thecamp pour révolutionner notre façon d’apprendre et de créer. Mais j’ai également confiance dans la pertinence des institutions traditionnelles, même si elles peuvent parfois paraitre comme étant anachroniques. Fondée en 1290, l’Université de Coimbra vient de célébrer ses 728 ans d’existence et de fonctionnement ininterrompu ! Dans une ère numérique de réalités concurrentes, l’instruction de la pensée critique est plus que jamais importante. Mais il est certainement temps d’expérimenter des idées audacieuses qui permettront à l’éducation de s’épanouir dans le monde d’aujourd’hui.

André Zollinger
Directeur des Relations Internationales
André Zollinger